Note de lecture de « La dame de Toulouse -Azalaïs de Burlatz-« 

       Roman historique de Francis Pornon[1]  (TDO Editions, Collection « Histoire du Sud », 2017)
        Note de lecture de Martine Boudet[2]  

     « La dame de Toulouse », fait partie d’une trilogie qui nous  replonge dans le Moyen Age languedocien, au moment de son apogée civilisationnelle.

     Au vu du riche système de données géo-historiques, il est intéressant d’en faire  une lecture référentielle. La biographie romancée de la fille du comte de Toulouse Raimon V et épouse du vicomte de Carcassonne Rogier II (elle vécut dans la 2e moitié du 12e siècle) est l’occasion d’un vaste panorama contextuel qui précise les cadres de vie des personnages, ainsi que les évènements majeurs qui s’y sont produits.  Selon une ligne thématique qui est celle de la description de la société des troubadours qu’a protégée et cultivée la protagoniste.

      Ainsi, le récit est parsemé de noms de lieux et de bourgades importantes à l’époque, depuis le castel narbonnais de Toulouse où grandit Azalaïs (Adélaïde en français) jusqu’au castel de Burlatz dans la Montagne noire qui a été son fief et sa retraite: Lombez, Saussens, Lescure et Lavaur (en Albigeois), Loarre (en Catalogne sud), Belmont (dans le Rouergue), Puisserguier, Saint Pons, Labastide Rouairoux, Sainte Marie de Cassan (nécropole des vicomtes de Carcassonne), Porcairagues (près de Béziers)…  Cette « géographie cordiale » comme dirait Yves Rouquette [3], est celle d’une société mi-urbaine mi-rurale et qui, dans un même souci d’équilibre, conjugue à la fois les arts du religieux, de la guerre et de la poésie.

     « La paix de Dieu»[4] est cet objectif rêvé par Azalaïs tout au long de sa vie de femme et de féodale ; elle tentera souvent d’opérer des médiations entre belligérants, dont les appétits de conquêtes territoriales sont sources de concurrences et de conflits démultipliés, singulièrement entre les comtés de Toulouse et de Carcassonne, ainsi qu’avec les royaumes d’Aragon (Alfonso II) et d’Angleterre (Richard Coeur de Lion fils d’Aliénor d’Aquitaine). C’est sur cet arrière-plan de divisions intestines en dépit des alliances matrimoniales négociées entre ces familles dynastiques, que s’inscrit au final du roman la funeste perspective de la croisade dite des Albigeois, concoctée par le royaume de France et la papauté.

     La poésie du trobar, du fin’Amor est logiquement l’une des alternatives sociétales qui s’offre aux sujets les plus éveillés et en premier lieu aux couples d’esprit et/ou de corps, formés par la domna et le troubadour.  Citons entre autres Maître Peire Vidal,  Raimon de Miraval, Arnaut  de Maruelh…Par sa vie et son œuvre, le Limousin Bernart de Ventadour qu’aurait cotoyé intimement la comtesse incarne l’équilibre occitan, entre poésie et religion. Cette mystique érotique[5], d’un bien vivre sublimé et créatif fait bon ménage avec la foi des bons hommes et parfaits, dont l’austérité exigeante de moeurs au nom de leur idéal de transcendance est à la fois tolérante pour les autres et tolérée par ceux-ci.

    Si sa situation sociale est toujours précaire, dépendant du bon vouloir des féodaux, la femme est valorisée quant à elle pour ses vertus propres de pacifisme et de défense de la vie et des faibles. Le fils unique d’Azalaïs, Raymond Roger de Trencavel, adepte de la foi cathare, aura malheureusement le sort tragique qu’on lui connaît en début de croisade[6]. De muse de poètes-amants, la femme peut devenir dans le meilleur des cas, trobairitz elle-même, sujet d’écriture et de désir. Outre Azalaïs de Burlatz, c’est le cas insigne d’Azalaïs de Porcairagues, de Na Castelosa (d’Auvergne), d’Ermengarda de Narbonne, de Beatriz de Dia…

    Pour conclure, ce roman historique fleure bon les vertus occitanes et méridionales de l’époque (catalano-aragonaise), celles de la convivencia, du paradge, du trobar et  du Fin’Amor. Un grand merci à Francis Pornon pour avoir su les ressusciter avec maestria.

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[1] Francis Pornon, trilogie romanesque, Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval (1er tome) TDO Editions, 2016. 3e tome à paraître
https://w     ww.francispornon.fr/romans-et-autres-publications

[2] Martine Boudet, Les Hymnes et chants identitaires du grand Sud, essai (Ed. Institut d’Etudes Occitanes, 2009) http://www.ideco-dif.com/ieo_edicions/textes_et_documents/les_hymnes_et_chants_identitaires_du_grand_sud

[3] Yves Rouquette, Midis. Petite géographie cordiale (Ed Loubatières, 1992)

[4] Pour lutter contre les exactions commises par les seigneurs, c’est au concile de Charroux, le 1er juin 989, que le mouvement de la Paix de Dieu initié par l’Eglise catholique prend toute son ampleur. D’autres conciles suivent en Aquitaine, à Narbonne en 990, à Saint-Paulien (concile dit « du Puy ») en 994, à Limoges en 998 et à Poitiers vers 1010.

[5] René Nelli, L’érotique des troubadours (Privat, 1984)

[6] Suite au sac de Béziers le 22 juillet 1209 par Croisés et routiers, ce fut le siège de Carcassonne du 1er au 15 août 1209 qui entraina la reddition du vicomte et sa mort dans le cachot de son propre château.

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